Le coworking pour les nuls

Nous ubérisons. Vous crowfundez. Ils coworkent.

Le coworking s’est imposé comme un mot à la mode dès qu’on parle travail. Mais au fait, le coworking, c’est quoi ?

Le coworking ou cotravail, c’est avant tout  une organisation du travail qui se fonde sur la création d’un réseau collaboratif de travailleurs, encourageant échange et ouverture, communication, mutualisation des connaissances et partage des expériences. Cette organisation se traduit par une appropriation spécifique de l’immobilier dans lequel elle se développe : c’est en effet l’espace de travail partagé qui permet de faire s’épanouir le réseau collaboratif. Méthode de travail et espace dédié sont donc intimement liés, au point de se confondre désormais dans les mots.

Le coworking a débuté aux Etats-Unis, à San Francisco, au milieu des années 2000. Il est autant le bébé des insatisfactions de jeunes entrepreneurs face aux solutions immobilières proposées à l’époque autour de la Silicon Valley que celui de leur volonté de liberté et d’indépendance, alliée à un désir de partage et de convivialité. Le « Système D » californien a permis de faire de contraintes et d’insatisfactions une opportunité, en inventant une sorte de collocation professionnelle. Cette collocation est une réponse à la solitude et à l’isolement que procure le développement d’une activité chez soi, ainsi qu’à la prise de locaux classiques, qui requiert un budget plus important.

L’espace de travail collaboratif est sans exclusive de principe. Il s’adresse potentiellement à tous types de métiers et de domaines d’activités. Bien sûr, par ses origines californiennes, il reste très marqué par les technologies de l’information et de la communication et s’adresse prioritairement aux créateurs, startupers, consultants indépendants ou aux prestataires de services. Toutefois, par capillarité, cette méthode de travail et d’appropriation de l’espace pénètre progressivement l’économie plus traditionnelle. De plus en plus de grands groupes installent en effet, pour une durée plus ou moins longue, certains de leurs salariés dans les espaces de coworking. Leur but ? Sortir de la routine et du risque de sclérose qui menace les grandes organisations et constituer des équipes projets, ouvertes et novatrices.

 

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Avantages, inconvénients… Et risque de la banalisation

Outre son prix attractif, l’intérêt premier de l’espace de coworking est de favoriser l’émulation et l’enrichissement mutuel, au travers des échanges entre membres, des synergies et des associations de compétences. Cela suppose toutefois que des points communs et des affinités existent entre « collocataires » et donc que l’espace de coworking soit plus ou moins spécialisé sur un domaine d’activité particulier ou sur un profil de professionnels. C’est le cas pour la plupart des structures existant sur la région parisienne. Mais le succès encourage déjà l’émergence d’avatars qui, pour garantir leur taux de remplissage, sont appelés à être plus généralistes. On est alors davantage sur de l’espace mis en commun que sur de l’espace de coworking véritable. L’argument se réduit alors à une proximité géographique, donc à une réduction des temps de transports, et à un abaissement des coûts. C’est loin d’être négligeable mais la différence est de taille avec le modèle original : c’est un peu comme le métro face à la voiture partagée.

La flexibilité est un autre avantage du coworking. Celui-ci ne repose pas sur un bail immobilier classique de trois, six ou neuf ans mais sur un contrat privé, qui permet de coller étroitement à l’évolution de son activité économique et d’adapter son immobilier à la réalité du moment. Plus besoin, donc, pour le professionnel de s’engager sur la base d’incertaines perspectives et donc de se rajouter des contraintes. Cerise sur le gâteau, les espaces de coworking sont généralement bien équipés en mobiliers, en matériels et en connexions et ils sont placés à des adresses facilement accessibles. Finie donc, la galère des solutions brinquebalantes des débuts : le coworking comme alternative au garage d’Apple (quand on avait la chance d’avoir des parents qui avaient un garage…).

Séduisant et intéressant, le coworking l’est donc incontestablement. Mais il est pourtant loin de constituer la réponse miracle à tous les besoins. Il y a d’abord tous les exclus du coworking : ceux dont l’activité n’est pas dématérialisée, ceux concernés par le secret professionnel et le devoir de confidentialité et ceux pour qui le calme est un impératif. Tous ceux-là ne peuvent se satisfaire d’un espace partagé.

Enfin, le coworking n’est et ne peut être qu’une solution provisoire. Parfait lors du lancement et du décollage d’une activité professionnelle, il n’est plus adapté dès lors que l’entreprise connaît un fort développement. D’abord parce que les espaces de coworking ne sont pas, en principe, formatés pour accueillir ses effectifs. Ensuite parce que l’enjeu pour l’entreprise devient l’agrégation de collaborateurs, plus nombreux et plus variés, autour d’un projet d’entreprise et d’une identité « maison ». Or pour ce faire, rien ne vaut la « maison » commune que devient l’espace de travail dans lequel on s’installe.

 

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Quelle différence avec le centre d’affaires ?

À la différence d’un espace de travail collaboratif, un centre d’affaires est un immeuble de bureaux proposant aux professionnels des locaux privatifs. Il leur permet de disposer d’une adresse de domiciliation prestigieuse, généralement située dans un quartier d’affaires reconnu, de bureaux et de salles de réunion ainsi que d’un éventail de services, notamment liés aux métiers du secrétariat et de l’assistanat (notamment l’accueil téléphonique et physique de la clientèle, la réception et le tri du courrier, etc.).

Le centre d’affaires répond donc aux besoins d’un autre type de professionnels et intervient à une autre phase de maturité d’une entreprise. Il y a plus complémentarité que rivalité entre centres d’affaires et espaces de coworking. Ce qui n’empêche pas, au contraire, certains de ses spécialistes de s’intéresser et de développer une offre en espaces partagés.

 

Le chaînon manquant

Le coworking est l’une des formes de ce que l’on appelle, sans toujours savoir ce que cela veut dire, l’économie du partage. Il y a, en filigrane, une dimension humaine de collaboration et de confiance. Mais cette idée d’une union qui rend plus fort sous-tend aussi, immanquablement, celle d’un environnement plus ou moins hostile ou inamical. Le coworking, comme la collocation ou le covoiturage, c’est peut-être un choix mais ça reste aussi le reflet d’une solution de contournement à une contrainte et à une faiblesse économique.

Penser que l’espace de coworking est appelé à se substituer, à terme, aux autres formes de l’immobilier d’entreprises, ce serait donc croire que le coworker s’est débarrassé du désir de possession (au lieu d’y renoncer momentanément), en tant qu’instrument d’indépendance et d’accomplissement personnel.

On en est sans doute encore loin… Auquel cas, le coworking restera davantage comme un nouveau chaînon, jusque-là manquant, dans la chaîne immobilière.

Crédits photos : chez-guillemette.fr – bestpokesf.co – tvog.fr